Concours d'orthographe 2007
(Publié le 17/03/2007)

Les dictées

  • Dictée pour seniors

Une nouvelle sibylle à la travée de notre terreau ontologique

Au pays des cent clochers, des coteaux moutonneux et de la polysémie du brûle-gueule (brule-gueule) sourd une nouvelle cathédrale, aux rémiges de goéland, … ou de pélican. Ce symbole christique, étranger aux godrons surannés, délétère pour d'aucuns, nourrira la cité de sa voilure vaporeuse.
Feu donc la façade des Guillemins résonnant encore des grandes grèves et son auvent moderniste, notre ardente cité renoue avec sa grandeur séculaire. Certes les lettrines des antiphonaires, les émaux des reliquaires niellés ne s'admirent plus qu'à l'abri du béryl de ses musées, mais graveurs et artisans, et les coulées d'un verbe truculent, carillonnent toujours en l'honneur de saint Lambert.
Des flancs de Cointe au vivier des terrils, Liège s'alanguit, amoureuse de son fleuve. Chaque soir, le soleil y caresse sa toison garance et les boulingrins tout embués des rives y mirent leur frondaison paresseuse (leurs frondaisons paresseuses).
Aux marches de la sidérurgie, l'emblème des résistances veille, loin des préciosités dithyrambiques ; une mâture d'austères contreforts s'élève désormais à ses pieds. Le mausolée du rail ne cédera en rien aux chefs-d'œuvre historiques. Utilitaire et principautaire, kaléidoscope buissonnant d'un pragmatisme exigeant et du dépouillement du plein cintre, symbiose de nos bâtisseurs, de nos verriers, de nos souffleurs.
Et sur cette arborescence drue et tendue, une ramure de légèreté opaline, le béguin du ciel, arachnéen et diaphane, sur les haubans de nos pas affairés.
L'architecte Calatrava a posé ses (ces) courbes comme une paume apaisante sur nos têtes, et Liège sous son aile jettera aux orties ses contempteurs frivoles. Elle l'a déjà adoptée, sa collégiale aux nefs en ombelle, dialectique irisée de la tradition et de l'avenir, de l'eau et de la terre, de l'esthétique et du travail!

Mady LEROY

  • Dictée pour enfants

Une nouvelle gare pour Liège

Hier, j’ai eu neuf ans.
Pour mon anniversaire, toute ma famille était de la fête. Même mes grands-parents sont venus de Bruxelles, par le train ! Papa leur a évidemment proposé d’aller les chercher à la gare.
C’était une trop belle occasion pour lui de leur parler de son dada, la nouvelle gare de Liège que l’on construit juste à côté de l’ancienne.
Presque tous les jours, en rentrant de son travail, il passe un moment à photographier l’avancement des travaux !
Il faut dire qu’elle sera impressionnante, une des plus belles d’Europe, paraît-il.
Les plans ont été dessinés par un architecte espagnol et elle devrait être inaugurée bientôt, en deux mille sept (deux-mille-sept).
L'ancienne gare, restaurée voilà cinquante ans, n'était plus adaptée pour accueillir les trains nationaux et internationaux. Elle manquait aussi de confort et d'espace.
Papa a encore donné un tas d’explications, sur le nombre de voies, de quais et de salles d’attente de la nouvelle infrastructure.
Puis il a conclu en me faisant un clin d’œil : « Quand Marie aura dix ans, je propose que l’on aille célébrer à Paris, notre nouvelle voisine, l’anniversaire d’une jeune Liégeoise du vingt et unième (vingt-et-unième) siècle ». Qu’en pensez-vous, a-t-il demandé, tout sourire, à ma mère et à ses beaux-parents ?
En tout (tous) cas, moi, j’ai vraiment hâte d’être d’un an plus vieille !

Karel LOGIST

 

  • Dictée pour juniors

Gare à l'ortho !

Je m'appelle la gare des Guillemins et je suis née en mille huit cent quarante-deux (mille-huit-cent-quarante-deux ; mil huit cent quarante-deux ; mil-huit-cent-quarante-deux), époque héroïque où les houillères et les hauts-fourneaux (hauts fourneaux) justifiaient la réputation de ma Cité ardente. Mes murs d'origine  étaient jaune pâle.
Bien des générations se sont succédé dans ma salle des pas perdus. C'est à leurs (leur) pas que je reconnais mes usagers : pas pressés (pressé) des  navetteurs du matin et du soir, trépignements (trépignement) des lycéens et collégiennes, surexcités, en partance pour le littoral, pas de deux d'amoureux, près de se quitter ou qui se sont retrouvés sur mes quais.
Entre nous, j'ai partagé des secrets d'amourettes, recueilli des aveux d'amours cachées (cachés). Je reste la complice de tant de rendez-vous, non seulement parce que je bats au cœur de l'Euregio, mais surtout parce que j'entends bruire des vies dans mille langages que je comprends à demi-mot. A force de confidences, j'en deviens polyglotte. Ce sont là mes plus doux souvenirs. Mais des tensions, j'en ai connu aussi et, à les évoquer, j'en frémis encore.
Comment oublier les grèves de l'hiver soixante ? Théâtre d'une exacerbation ouvrière à son paroxysme, j'ai vu mes vitres brisées, mon infrastructure saccagée.  Et ces heures-là, toi qui m'écoutes, je jure les avoir vécues stoïquement, comme l'auraient fait, de tout temps, toutes les Liégeoises dignes de ce nom. Sans doute suis-je une vieille dame qui vieillira bien, puisqu'on me rajeunit aujourd'hui.
On m'a débarrassée de mes oripeaux. On me métamorphose. On songe à me rebaptiser. Quelques idées ont été suggérées pour suppléer mon appellation d'origine qui me venait d'un ancien couvent.
Deviendrais-je un peu valencienne (Valencienne) si l'on m'adjoignait le patronyme de Calatrava, l'architecte qui m'a conçue ? Ainsi nommée, je pourrais me sentir la soeur de sa cité (Cité) des Arts et des Sciences, qui symbolise l'orgueil de Valence.

Bernard GHEUR

 

Imprimer  Fermer